Entretien avec Oleh Odnorojenko, animateur intellectuel du régiment Azov

Publié le par UkraineReconquista

Nous luttons pour l’avènement, et c’est le principal, de la Grande Ukraine et de la Grande Europe. Et nous aspirons à une société, à une civilisation qui transcende celle qui aura précédé.

Ce texte, originellement paru sur le blog du Cercle Non Conforme, appartenant au réseau du Mouvement d'Action Sociale, est fondamental pour comprendre la vision nationaliste à la fois anti-UE et anti-Poutine défendue par les hommes du régiment Azov. 

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Entretien avec Oleh Odnorojenko, Docteur en Sciences historiques, membre du comité directeur du régiment Azov en charge de la formation, à l’attention des lecteurs de la page « Azov Reconquista » et des soutiens étrangers en général. Propos recueillis en avril 2015 à Kyiv par Olena Semenyaka, étudiante en philosophie politique, coordinatrice du projet « Azov Reconquista », membre du service de presse du Corps Civil du régiment Azov (lire leur manifeste) et du Club Traditionaliste Ukrainien


Olena Semenyaka : Gloire à l’Ukraine !


Oleh Odnorojenko : Gloire aux héros !
 


Monsieur Odnorojenko, j’ai passé en revue les questions les plus fréquemment posées par les soutiens étrangers du régiment Azov et les lecteurs de la page Azov Reconquista. Les premières ont trait aux liens entre l’Assemblée Sociale-Nationale (SNA) et la vision du monde du régiment Azov. Quelle est la part d’éléments idéologiques de la première qui se retrouve dans les écrits et les documents publiés par ce dernier ? 


A la base, le régiment Azov poursuit la lutte engagée par les patriotes et les nationalistes ukrainiens, qui évidemment, n’a pas commencé l’année dernière, mais beaucoup plus tôt. L’initiative de créer le régiment revient aux dirigeants de Patriote d’Ukraine et de l'Assemblée Sociale-Nationale ». De ce fait, la direction de ces structures coïncide à présent avec celle du régiment.
 
Indéniablement, le régiment à destination spéciale Azov adhère aux positions patriotiques et nationalistes. Il peut être considéré comme une formation militaire de droite. De cette façon, une continuité existe. Un autre point réside dans le fait que dans le domaine de l’organisation, la priorité est désormais donnée au développement du régiment Azov en tant que structure nationaliste et militaire et aux organisations qui en sont une émanation directe. Je pense avant tout au Corps Civil d'Azov qui étend et met rapidement en place ses activités dans toutes les régions de l’Ukraine.
 
 
Bannières du Corps Civil d'Azov à Marioupol (13 juin 2015)
 
 
OS : Il est de notoriété publique que des militaires ukrainiens participent à des entraînements sous la supervision d’instructeurs américains (en fait, 300 parachutistes américains à Yavoriv, dans la région de L’viv, chargés de former des éléments de la Garde Nationale Ukrainienne-NDT). La remarque est souvent faite à Azov Reconquista.

Dans cet ordre d’idée, il serait intéressant de connaître votre opinion au sujet de l’assistance américaine, en particulier du point de vue militaire. Approuveriez-vous un tel soutien, sur une grande échelle, à l’Ukraine en guerre avec la Russie et les forces prorusses ?


Vous savez, dans le domaine des actions militaires et du combat politique, on ne choisit pas toujours ses alliés.

Bien entendu, nous sommes totalement en faveur de toutes sortes de soutien de la part de l’étranger en faveur de l’Etat ukrainien.

D’autre part, nous devons être conscients du fait que personne ne gagnera cette guerre pour nous, ce qui fait que nous devons avant tout, compter sur nos propres forces et les développer. Aussi, nous devons utiliser au mieux toute aide venue de l’étranger : si nous avons l’assistance d’instructeurs, ils doivent se charger des meilleures unités de combat.

Bien sûr, nous ne refuserions pas une aide et un soutien plus importants de la part d’autres structures, mais nous en avons besoin pour agir pour le mieux au service de notre pays, pour faire en sorte que notre armée soit mieux préparée au combat, que notre appareil d’Etat puisse fonctionner efficacement et que la société ukrainienne en vienne à comprendre qu’elle doit résoudre ses problèmes intérieurs et extérieurs elle-même.

Mais tout pays, dans des circonstances identiques, aurait besoin d’une telle aide venue de l’étranger.
 


Et en ce qui concerne la géopolitique ? La question qui suit est liée aux précédentes : quelle est l’attitude du régiment Azov au sujet de l’intégration européenne et d’une possible entrée dans l’OTAN, dans la mesure où il développe ses propres priorités et orientations géopolitiques ?


Il est nécessaire ici de poser la question de manière plus appropriée. Que signifie intégration européenne ?

C’est une chose si cela représente une interaction entre les peuples européens qui adhèrent aux valeurs traditionnelles, l’Europe traditionnelle, comprise comme celle des nations européennes qui partagent des problèmes, des intérêts et à la base, des manières communes de résoudre ces mêmes problèmes.

C’en est une autre, complètement différente, si, par intégration européenne, on entend l’intégration à l’Union Européenne, car celle-ci, est avant tout une négation de l’Europe en tant que telle dans la mesure où nous ne retrouvons pas dans l’UE, les principes de base qui associent la notion d’Europe à celle de la civilisation européenne, propre à l’Europe et à chaque nation européenne.

C’est pourquoi, nous ne pouvons clairement approuver les efforts d’intégration qui visent à renforcer ou à étendre l’UE, que nous pouvons considérer de manière réaliste, dans les conditions actuelles, comme une Union soviétique finissante dans laquelle un discours officiel domine, mais personne, des politiciens à la société, n’y croit vraiment.

Par-dessus tout, la posture de l’UE, surtout dans le contexte de l’agression russe, est ambivalente, c’est le moins que l’on puisse dire.

C’est pourquoi, je ne vois pas de perspectives dans l’UE, alors que j’en décèle dans une interaction, une alliance entre les nations libres d’Europe.
 


Merci. Il se trouve que les gens associent souvent le régiment Azov à l’idée du Bloc Baltique-Mer Noire ou Alliance Baltique-Mer Noire. Que pensez-vous de cela en général et y a-t-il des projets concrets ou des orientations dans ce sens ? Avec des plans à l’avenir ?


Oui, sans aucun doute, lorsque l’on parle des intérêts de l’Ukraine ou d’un autre pays voisins, nous constatons que l’UE et l’OTAN ont échoué à s’acquitter de leurs tâches.

Nous voyons qu’ils sont impuissants. Indéniablement si l’on parle de sécurité régionale, au sujet des menaces venues de l’Est, qui sont avérées à présent, mais pas seulement elles. Je pense à celles venues du Sud qui sont souvent oubliées. Si l’on évoque ce format de sécurité régionale, il est évident que l’Ukraine devrait devenir l’initiatrice et l’outil visant à la création d’une alliance des pays de l’axe Baltique-Mer Noire, car c’est une union géopolitique qui va naturellement de soit.

Il est également clair aujourd’hui que l’Etat ukrainien ne fait aucun pas sérieux vers la réalisation d’un tel projet géopolitique, mais d’un autre côté, nous voyons que le Belarus, les pays baltes, la Lituanie, la Géorgie ou la Moldavie, considèrent l’Ukraine comme le leader naturel de cet espace. Nous pouvons également rappeler que de telles initiatives géopolitiques avaient été mises en œuvre dans les années 90 avec le bloc GUUAM qui comprenait la Géorgie, l’Ukraine, l’Ouzbékistan, la Moldavie et l’Azerbaïdjan. Les élites politiques et « l’establishment » de ces pays comprennent que cette perspective géopolitique constitue un moyen de résoudre leurs problèmes nationaux.

Ils voient l’Ukraine comme un leader naturel et le fait que cette dernière, en raison de l’immaturité de ses élites politiques, n’ait pas encore suggéré une telle idée et ne travaille pas à sa concrétisation, constitue selon moi quelque chose de temporaire.

Au moins, les volontaires nationalistes ukrainiens qui, à présent, défendent l’Ukraine les armes à la main, considèrent l’Ukraine comme un pays avec de vastes perspectives et formeront dans un avenir proche la base pour une nouvelle élite ukrainienne, comprennent très bien ces problèmes, soulèvent ces questions et les discutent. Et je pense que très bientôt, nous passerons des spéculations théoriques à la réalisation pratique.

En fait, cette dernière est, jusqu’à un certain point déjà en cours, étant donné qu’au sein des formations de volontaires, le régiment Azov en particulier, des ressortissants de ces pays servent en tant que combattants ou volontaires affectés à des tâches diverses, et porteront bien haut, j’en suis convaincu, l’idéal d’une intégration Baltique-Mer Noire avec l’Ukraine, dans leurs propres pays.
 


Y a-t-il un espoir de voir l’Europe occidentale se connecter à cette union ?
Cela signifie-t-il se projeter dans une plus vaste perspective géopolitique et comment cela peut-il se relier au projet « Azov Reconquista » ? Quelle en est son essence ?


L’Europe occidentale est bien entendu partie intégrante de la Grande Europe, même si elle a ses propres problèmes et que ses sociétés sont en état d’anabiose. Je veux dire par là qu’il existe un niveau élevé d’activité civile en Ukraine avec une forte mobilisation de volontaires qui met l’Europe occidentale en situation d’infériorité dans ce domaine. Dans de telles conditions, l’Ukraine doit apparaître comme un exemple.
 
La mission moderne de l’Ukraine, la mission ukrainienne du XXIème siècle est de devenir une locomotive parmi les autres nations européennes. Et, en dépit de la crise qui touche plusieurs secteurs dans ces mêmes nations, les Européens demeurent des Européens. Dans l’Histoire, nous avons observé nombre de ces crises, mais chaque fois, les nations européennes en sont sorties plus fortes qu’avant, et cela représente bien le phénomène de l’Europe en tant que civilisation.

L’Europe est capable de se reconstruire sur ses marches, ce que nous voyons en ce moment en Ukraine, et cela est valable pour tout autre de ses parties constitutives. C’est pourquoi, je pense que l’Europe a plutôt un brillant avenir pour lequel il est juste nécessaire de résoudre les problèmes de manière appropriée et de trouver les bonnes solutions à cet effet.


Oui, cela semble vraiment encourageant. Que rétorqueriez-vous à nos opposants, critiques, ennemis, aussi bien, pour ainsi dire, qu’aux Européens ignorants de l’Histoire qui répètent à l’envi l’idée selon laquelle l’Ukraine et les dextristes ukrainiens sont des « idiots utiles » au service de l’intégration euro-atlantique ? On cite en particulier le régiment Azov qui « divise l’Ukraine en tant que pays traditionnellement proche de la Russie et de son aire géopolitique, au bénéfice de l’Occident ». Que diriez-vous donc au nom du régiment Azov et vous en particulier, en tant qu’auteur de travaux sur la Rous’-Ukraine, au sujet de la relation entre l’Europe et l’Eurasie ?


C’est une vaste question, plus précisément, c’est un ensemble de questions.
Je pense qu’il est préférable d’aborder cela en détail et de manière séparée. Nous pourrions même organiser un cycle d’entretiens sur ce thème, car chaque composante de votre question implique de sérieux développements.

Je peux seulement dire que les Européens de droite qui expriment de telles idées me surprennent au plus haut point.

Si de telles allégations étaient proférées par des gauchistes ou des libéraux, je pourrais davantage le comprendre ainsi que leur critique qui repose sur une autre vision du monde.

Mais quand des dextristes disent que nous sommes des jouets entre les mains de l’euro-atlantisme ou de quelque chose s’en rapprochant, je dis que c’est, à tout le moins, de l’ignorance.

Je dois affirmer que, malgré ce qui a été souligné par les médias occidentaux, le Maidan n’a pas constitué un projet euro-atlantiste en ce qu’il n’y avait rien pour le situer dans cette perspective ou quelque chose de semblable. Sur Maidan s’est déroulé un combat contre une dictature interne imposée par des facteurs externes comme la Russie de Poutine.

En conséquence, le problème de savoir comment intégrer l’Ukraine dans l’UE aussi vite que possible n’a pas trouvé de solution sur Maidan. Peut-être était-ce un souhait des leaders de l’opposition qui l’avaient envisagé de la sorte, mais ces derniers n’ont jamais eut aucun lien avec la révolution en tant que telle. Ils n’ont rien fait pour asseoir sa victoire et ils ont surtout constamment fait obstruction. Le fait que cette révolution aux causes diverses les ait menés au pouvoir ne signifie pas que la société ukrainienne soutienne de telles positions, ainsi qu’une telle direction, spécialement lorsque l’on prend en compte l’attitude ambivalente de l’Union Européenne dont nous sommes témoins maintenant. 
 
Je pense que le nombre des eurosceptiques en Ukraine a significativement augmenté si l’on compare avec la situation qui prévalait il y a un an ou deux. En Ukraine, la majorité de la société est persuadée que le pays doit prendre ses propres positions, jouer sa propre partition géopolitique et qu’il peut être un centre de gravité pour d’autres pays en tant que locomotive pour la création d’une telle alternative, y compris pour des membres de l’UE.

Les imperfections de Bruxelles sont visibles à l’œil nu et je pense que ce que nous avons à offrir en tant qu’alternative géopolitique est beaucoup plus prometteur.

En ce qui concerne l’évaluation des dégâts consécutive aux agissements russes et à la tentative de l’Ukraine de s’extirper de « l’espace géopolitique naturel russe », je ne dirais qu’une chose à nos collègues dextristes européens : à l’opposé de ce qu’ils peuvent croire, nous ne nourrissons aucune illusions à propos de l’UE, de l’OTAN ou d’autres structures internationales euro-atlantiques. Notre attitude à leur égard est critique et négative. Cependant, en même temps, nous comprenons très clairement à quelle sorte de voisin du nord-est nous avons affaire, à savoir la Fédération de Russie.

Mais, pour revenir à nos camarades européens, je crois qu’ils cultivent eux-mêmes pas mal d’illusions.

Ils le font lorsqu’ils en viennent à évoquer la Fédération de Russie et malgré le fait d’être bien conscients, comme nous également et tous ceux qui vivent au sein des sociétés occidentales, des inconvénients de l’Euro-atlantisme et de l’UE, de leurs imperfections, de leur bureaucratisme excessif et par dessus tout, de leur anti-européisme civilisationnel.

Pour une raison étrange, ils considèrent Poutine, d’une manière bien fantasmée, comme un politicien de droite.

Je peux donner un simple exemple à ce propos concernant les quelques douzaines de nationalistes russes qui servent dans le régiment Azov et qui peuvent aisément vous démontrer, bien mieux que moi, ce qu’est vraiment la Russie de Poutine. Ce n’est pas du tout un projet de droite ; c’est un projet néo-soviétique qui vise à restaurer une forme d’Union soviétique avec toutes ses « attractions ». Si les dextristes européens voient en cela une sorte d’alternative de droite pour l’Europe et le monde, alors ils peuvent également concevoir ainsi la Chine, que ce soit celle de Mao Zedong ou l’actuelle, ainsi que la Corée du Nord du Juche.

Il n’y a rien que l’on puisse considérer de droite dans la Russie de Poutine. On y trouve un régime indéniablement anti-national et surtout anti-russe, qui réprime politiquement et délibérément la population slave, bâtit le projet dénationalisé et impérialiste de la Horde d’Or qui n’a rien de commun avec leurs espoirs.
 
Il est vrai que Poutine joue avec les nerfs en Europe en se présentant lui-même comme une alternative à l’UE, tout en soudoyant les leaders de nombreuses formations de droite, comme cela a été malheureusement le cas pour le Front National en France, avec lequel, la structure dont nous sommes historiquement issus, le Parti Social-National d’Ukraine (SNPU), a longtemps entretenu d’étroites relations dans les années 90 et au début de la décennie 2000.
 
Aujourd’hui, le FN est devenu virtuellement le porte-parole du Kremlin en Europe. C’est un triste phénomène de voir ainsi corrompre la direction politique du Front national français ou d’autres formations de droite en Europe. Peut-être est-ce le manque de directives et de repères clairs chez les dextristes ordinaires qui peut l’expliquer.

D’autre part, j’espère que ces derniers auront assez d’esprit critique pour réaliser que Poutine n’est pas une alternative à l’UE, au même titre que nous, qui luttons contre la Russie de Poutine, ne considérons pas l’UE comme une alternative ou une panacée contre l’agression eurasienne du Kremlin.

Aussi, les dextristes européens doivent comprendre qu’on ne leur offre qu’une alternative entre deux projets de gauche, constituant les deux faces d’une même pièce.
Il n’y a aucune différence culturelle, idéologique et avant tout de nature, entre le projet néo-soviétique de Poutine et le projet libéral porté par l’UE.

De cette façon, chacun doit être conscient de cette réalité et choisir sa propre voie qui mènera à la survie et au triomphe de la nation ukrainienne et de toute autre de ses sœurs européennes.
 


Le slogan de la Reconquista résonne comme suit : « Aujourd’hui l’Ukraine, demain la Rous’ et l’Europe entière ! ». Et de nombreux volontaires russes ou provenant de la Rous’, qui font la distinction entre les termes de Rousskiy (Russe au sens ethnique du terme-NDT) et de Rossiyskiy (Russe au sens de la citoyenneté de la Fédération, quelque soit l’ethnie d’origine-NDT), espèrent que leur pays connaîtra aussi des changements. Y a t-il une place pour la Russie ou du moins une partie de la Russie dans un autre format géopolitique, celui d’une nouvelle union de pays européens dans lequel l’Ukraine jouerait un rôle moteur ?


La raison pour laquelle je vous ai affirmé que votre question en entraînait tout un ensemble d’autres qui en découlent, est que beaucoup doit être dit au sujet de la Russie et du soi-disant espace eurasiatique pour expliquer ce qu’il en est à beaucoup de personnes en Ukraine et en Europe, y compris aux dextristes. Au sujet de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, il doit être souligné qu’elle constitue avant tout un conflit entre conceptions du monde, plutôt que de d’opposer des pays ou des nations.
 
En d’autres termes, d’un côté se tiennent des personnes qui adhèrent aux valeurs européennes, chérissent la liberté en aspirant de décider elles-mêmes comment vivre et développer leur société et de l’autre, celles qui se reconnaissent dans une société totalitaire de type stalinienne qui bafoue la personne humaine, l’identité nationale et l‘identité en tant que telle dans des conditions d’existence qui sont celles d’un camp de concentration.

Et maintenant, la guerre fait rage dans l’est de l’Ukraine, dans le Donbass, entre ces deux pôles et ces deux catégories de personnes. Des deux côtés luttent des gens de différentes origines. Comme je l’ai déjà dit, au sein du régiment Azov combattent non seulement des Ukrainiens, mais aussi des Russes, des Bélarussiens et d’autres Européens.

Mais de l’autre côté ne combattent pas seulement des Russes. On pourrait même dire que les Russes y sont en minorité. On peut y trouver en effet tout le panel des minorités ethniques qui peuplent la Fédération de Russie : ceux qui viennent du Caucase, de Iakoutie, de Bouriatie ou des régions de la Volga. Il y a beaucoup de personnes qui se positionnent en faveur des idées nationalistes en Russie, qui veulent un avenir européen pour la Russie au lieu d’une dissolution dans un espace eurasiatique hostile à l’identité slave de la Rous’ et qui mélange toutes les réalités ethniques dans l’unique biomasse post-soviétique de la Horde d’Or. Il existe un certain nombre de ces personnes.
 
Nous pourrions citer l’exemple des prisonniers politiques russes et constater qu’une grande majorité d’entre eux, et cela concerne des centaines de personnes, se situent clairement à droite de l’échiquier politique, et sont en toute conscience anti-Poutine, anti-eurasiste et anti-soviétique. Il va sans dire que ces gens sont les meilleurs représentants de leur nation et qu’il sont en nombre conséquent pour peser à terme sur l’avenir de la Russie.
 
En outre, la composante slave européenne dans les structures de la population de la Fédération de Russie est plutôt importante. Je veux dire par là que la population de cet ensemble n’est pas uniquement composée de vatniks (terme dépréciatif pour désigner la postérité de l’homo sovieticus-NDT). Elle est dans une grande mesure représentée par des gens bien conscients du fait que la Russie de Poutine est bien loin d’être favorable à la nation ethnique russe et aux Slaves orientaux en général.
 


Une question revient souvent au sujet des symboles déployés par le régiment Azov et de notre signe « Idée de la Nation » qui est similaire à la « Wolfsangel » (appelée aussi « rune du loup » ou « crochet de loup dans l’héraldique européenne-NDT) et constitue un lien avec la tradition européenne de droite. Et cette question inspire de nombreux volontaires européens qui viennent en toute connaissance de cause au régiment Azov, le percevant comme probablement connecté à la tradition et à la mouvance dextriste, tout en tirant son inspiration de cette dernière. Que pourriez-vous nous dire à ce sujet ?
 
 
Je dois expliquer aux personnes de droite en Europe que le signe « Idée de la Nation » ne renvoie pas à la « Wolfsangel ». On nous pose fréquemment cette question. Oui, visuellement, ces symboles sont assez semblables. En fait, la « Wolfsangel » est quand même stylisée différemment et, d’une certaine manière, reflète « l’Idée de la Nation ».
 
Mais ces signes ont des histoires différentes. Sans aucun doute s’inscrivent-ils dans le contexte de l’héraldique européenne, mais l’héraldique et les traditions héraldique ukrainiennes ont leur propres particularités, opposées à leurs équivalentes d’Europe occidentale.
 
Par exemple, pourquoi la « Wolfsangel » se tient un peu à l’écart dans la tradition européenne ? Parce que dans l’héraldique européenne, l’usage symbolique des signes imagés et runiques est assez répandu, mais, en même temps, régionalement et chronologiquement limités.
 
Même dans l’héraldique nord-germanique, le pourcentage qui voit figurer ce signe dans les emblèmes nobiliaires, municipaux ou étatiques varie de 3 à 5%, ce qui est plutôt faible comparé au panel général des symboles européens. En Ukraine, les symboles relevant de « l’idée de la nation » ou de l’emblème national, le trident (tryzoub), constituent la composante principale de notre tradition héraldique. 90% des emblèmes ukrainiens, qu’ils s’agissent de signes nobiliaires, municipaux, princiers ou étatiques, renvoient à ces signes. Notre emblème national est le seul en Europe à être basé sur une telle image. Aucune autre nation européenne n’a recours à quelque chose de semblable en tant qu’emblème national. C’est pourquoi, « l’Idée de la Nation » représente pour nous un authentique symbole utilisé depuis le Moyen Age dans la symbolique et l’héraldique ukrainiennes. On trouve pas mal de littérature sur ce sujet qui en confirme facilement la singularité pour l’Ukraine.

C’est pourquoi, l’usage du symbole « Idée de la Nation » ne constitue pas tant un appel à la tradition d’Europe occidentale, qu’une authentique continuation de notre tradition héraldique formée entre les XIIème et XVème siècles. Mais, par dessus tout, la tradition héraldique ukrainienne s’inscrit dans la tradition héraldique européenne en général, tout en prenant compte du fait que dans notre pays, les signes et les symboles de type runique sont beaucoup plus répandus que dans n’importe quelle autre pays d’Europe, y compris la Scandinavie ou l’Allemagne du nord. C’est le noyau de notre tradition symbolique. Pour revenir sur le symbole du « Soleil Noir », on peut rappeler qu’il est très commun dans la tradition européenne, mais qu’il a figuré aussi depuis les temps les plus anciens dans la symbolique ukrainienne.
 
Ce symbole fut en effet utilisé par les Goths qui étaient installés dans la région du nord de la Mer Noire et largement utilisé dans l’héraldique ukrainienne. Par exemple, l’emblème traditionnel de la Scythie dans le haut Moyen Age (la Scythie était localisée sur le territoire actuel de l’Ukraine) était une image du soleil noir, dans une stylisation certes différente, mais cette symbolique était constamment présente. Cela signifie donc que pour nous, utiliser ces symboles est à la fois une référence à un contexte européen plus général et un appel à notre propre tradition ukrainienne.
 
Concernant le signe « Idée de la Nation », qui, comme je le disais, est similaire à la Wolfsangel » sans être identique à cette dernière, il consiste en un monogramme de deux lettres- « I » et « N », et une telle combinaison est, une fois de plus, typique de la symbolique ukrainienne. Elle reflète précisément notre vision du monde et les soubassements de notre idéologie.
 

Une question qui concerne la coopération avec l’Europe. Serait-ce possible d’organiser des rencontres à l’étranger ou de prendre part à des conférences ? On nous demande souvent des choses du genre : « représentants du régiment Azov, venez prendre la parole après le passage d’Alexandre Douguine chez nous et parlez-nous des fascistes ukrainiens préoccupés par l’euro-intégration » et ainsi de suite. Y a-t-il des projets dans ce sens pour l’avenir ?

La question des éléments documentaires disponibles est aussi très importante, je dirais même primordiale, comme je viens de le voir avec certains de vos propos entendus pour la première fois (sur les aspects symboliques et héraldiques du monogramme « Idée de la Nation ») ; c’est pourquoi il me semble nécessaire d’apporter une forme appropriée aux questions et aux informations concrètes portées à l’attention des dextristes européens et du public en général.


Merci. Je pense qu’au fur et à mesure que le projet « Azov Reconquista » va se développer, nous donnerons les réponses attendues à toutes ces questions. Je suis aussi certain que cela se fera selon des modalités variées. Pour l’instant, nous mettons l’accent sur la publication de nos périodiques et nous sortons déjà régulièrement le journal « Soleil Noir » pour le régiment. Nous envisageons de tenir des tables rondes, des conférences et des séminaires. Nous serons bien entendu ravi d’accueillir nos invités européens.
 
Nous sommes d’ores et déjà en contact avec eux, même si rien ne s’est encore concrétisé sur une plus grande échelle, et notre communication privée est plutôt intense. Nous prendrons également part avec plaisir aux événements organisés par nos camarades européens, et selon moi, la meilleure manière de dissiper les malentendus et de ruiner les stéréotypes imposés par la propagande poutinienne est de communiquer directement, de manière à ce que personne ne caresse plus d’illusions à propos de l’Ukraine et des eurasistes russes.
 
Les dextristes européens réceptifs à Poutine peuvent aussi lire Lénine et Mao Zedong car, sur le plan intellectuel, Douguine s’inscrit peu ou proue dans la même tradition développée par les principaux théoriciens de l’eurasisme qui ont élaboré l’empire eurasiatique composé des représentants de divers groupes ethniques, races et religions, avant tout au détriment de sa composante européenne et de son identité européenne.
 
Si nous jetons un regard réaliste sur ce que proposent Douguine et les autres eurasistes, nous trouverons là rien d’Européen. Bien au contraire, nous serons confronté à des théories qui rejettent complètement l’Europe en tant que civilisation. Si nos camarades des mouvements européens de droite veulent vivre dans des conditions similaires de ce que l’on peut trouver en République Populaire de Chine ou en Corée du Nord, ils peuvent continuer à écouter Douguine. Mais, s’ils ont des projets quelque peu différents pour l’avenir, avec le souci de la survie des nations européennes et de l’Europe en tant que civilisation, ils devront être très prudents, y compris sur le fait d’être simplement en contact avec de tels personnages.
 
 
Il n'est jamais trop tôt pour s'instruire : le dernier numéro du Soleil Noir, journal du régiment.
 
 
Aujourd’hui se fait jour une énorme demande pour apprendre l’histoire ukrainienne, l’histoire de la Rous’ de Kyiv, le nationalisme ukrainien, la première et la seconde lutte de libération ukrainienne. À cet égard, je voudrais clôturer cet entretien extrêmement intéressant avec une question concernant l’attitude du régiment « Azov » à l’égard de la figure historique de Pavlo Skoropadsky, de la tradition conservatrice ukrainienne ou de l’Hetmanat et la manière dont ils s’inscrivent de manière plus générale dans la tradition conservatrice européenne.
 
Dans l’ensemble, quels sont vos inspirateurs et vos orientations dans le domaine de l’idéologie, de la construction de l’Etat et de l’Histoire, tirés de l’héritage de l’Ukraine ?


Vous savez que je suis historien de profession et nous portons un respect à la fois pour nos traditions et celles de l’Europe en général, mais je dois dire la chose suivante : le régiment Azov et le mouvement des volontaires nationalistes ukrainiens ne cherchent pas à répéter des expériences du passé, mais à créer de nouvelles réalités et à suggérer de nouvelles orientations. Nous nous efforçons de concrétiser plusieurs projets étatiques complètement différents qui n’ont aucun équivalents dans le passé.
 
Bien entendu, on pourrait tracer certains parallèles, discuter de certaines analogies, incluant les tentatives ou les projets historiques d’édifier l’Axe Baltique-Mer Noire, réalisés par exemple dans le Grand Duché de Lithuanie ou dans la Rzeczpospolita lithuano-polonaise. Nous pourrions parler de l’Etat ukrainien mis brièvement en place par l’hetman Pavlo Skoropadsky qui se basait sur des valeurs sociales traditionnelles, mais nous nourrissons des objectifs beaucoup plus globaux.
 
C’est pourquoi, nous faisons nôtres, les actions, abouties ou non, de nos prédécesseurs, en faisant le tri de ce qui nous semble pertinent et porteur, tout en proposant des pistes totalement nouvelles. Il est évident pour nous que l’Europe et l’Ukraine peuvent avoir des perspectives, et même de grandes perspectives, si elles prennent acte rationnellement de la situation actuelle, en choisissant correctement les lignes de force pour toute action future , et en réagissant de la meilleure manière pour relever les défis qui se manifestent dans ce monde. Ainsi, nous avons beaucoup de questions auxquelles le passé ne peut forcément fournir de réponse car celles-ci sont totalement nouvelles, ne s’étant jamais posées à notre civilisation, à l’Ukraine et au reste de l’Europe.
 
Il y en a certainement qui sont de vieilles questions et dont nous connaissons bien les réponses, mais il y en a aussi d’inédites auxquelles notre génération devra fournir les bonnes réponses. Nous avons bon espoir que nos efforts de mobilisation intellectuelle et créative soient suffisants pour apporter les réponses adéquates. Nous luttons pour l’avènement, et c’est le principal, de la Grande Ukraine et de la Grande Europe. Et nous aspirons à une société, à une civilisation qui transcende celle qui aura précédé.
 
Par conséquent, ces tâches sont plutôt ambitieuses. La tradition historique est quelque chose de vraiment positif sur laquelle nous nous appuyons, le fondement à partir duquel nous pourrons croître, mais nous devons encore aller plus loin, poser des défis encore plus importants et exiger encore plus de nous-mêmes.
 
 
La mission européenne de l'Ukraine
 
 
Merci pour ces réponses très étayées ! J’espère que nous pourrons embrayer par une série de prises de paroles, d’entretiens et de lectures avec votre participation désormais acquise et que ce vous avez dit sera entendu de nos camarades européens, et pas seulement européens, pour les amener à s’impliquer dans les tâches que vous avez soulignées, au moyen d’une synergie commune. Merci !


Merci !


Ukraine Reconquista : entretien traduit par Pascal Lassalle et diffusé par le Cercle Non Conforme

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